Lampe à pétrole “Maxima” de MAZO

Posté par Patrice Guerin le 3 octobre 2016

Maxima 05  Dépôt de la marque “Maxima” – Source Trésors de l’INPI

Le 5 mai 1900 Xavier Elie MAZO dépose à l’INPI la dénomination ou marque “Maxima” « servant à désigner une lanterne ou appareil pour les projections, de la fabrication et du commerce du déposant ».

Maxima 01  Publicité parue dans le catalogue MAZO de 1905/1906

Dans les années 1900/1905, la Maison MAZO commercialise, à grand renfort de publicités, une lampe à pétrole pour lanterne de projection « construite sur des données scientifiques… ».

Maxima 02  Lampe de projection à pétrole, 4 mèches, “Maxima” de Mazo

Cette lampe existe avec 3 ou 4 mèches et donne « une lumière éblouissante sans fumée ni odeur… La meilleure lumière après l’oxhydrique ». Il faut la rapprocher de la lampe à 5 mèches mise au point par LAVERNE dans les années 1870.

Voir : Lanternes de projection scolaires à deux usages LAVERNE

Maxima 03

La lampe MAZO est équipée d’une chambre à combustion articulée sur le côté, de format réduit, surmontant les 3 ou 4 mèches. Elle est fermée à l’avant et à l’arrière par des plaques en mica transparent. A l’arrière un miroir indépendant et réglable, percé en son centre d’un verre bleu, permet de renvoyer la lumière vers l’avant sans être sali par d’éventuelles fumées de combustion.

Maxima 04

L’ensemble est surmonté d’une très haute cheminée (55 cm) composée de 4 éléments emboitables dont le dernier se règle à l’aide d’une vis à crémaillère « le tirage se règle au moyen d’une clé de commande disposée sur une crémaillère qui permet de hausser à volonté la cheminée toujours entièrement ouverte… Si les flammes montent trop haut et fument, il suffit de monter la cheminée ; si elle ne donne pas assez de lumière, on la baisse ».

En 1905, cette lampe valait 28 francs.

Voir : Histoire de l’entreprise MAZO

 

Publié dans Sources lumineuses | Pas de Commentaire »

La lumière DRUMMOND et les chalumeaux oxhydriques

Posté par Patrice Guerin le 26 mai 2016

Chalumeau 01  Lumière oxhydrique, ou lumière Drummond du nom de son inventeur.

La lumière oxhydrique consiste à brûler un mélange de deux gaz sous pression (oxygène et hydrogène) dans un chalumeau afin d’obtenir une flamme extrêmement vive qui porte à incandescence un morceau de chaux placé face à elle. Le mélange de ces deux gaz étant explosif, « la lumière oxhydrique n’est devenue d’un usage courant que le jour où l’on a eu l’idée de n’opérer le mélange des gaz qu’à la sortie même du bec ; de cette façon les explosions sont devenues absolument impossible… » “Traité Général des projections” par Eugène TRUTAT, Charles Mendel éditeur 1897.

Chalumeau 02 Extrait du catalogue MOLTENI de 1895

à partir des années 1860 les anglais, puis les français, mettent au point les premiers chalumeaux dans lesquels le mélange des gaz se fait au niveau de la flamme. Par la suite les deux gaz arrivent dans une chambre de mélange située juste avant le point de combustion. La condition la plus importante est d’avoir une pression égale pour les deux gaz et de régler le débit avec les robinets situés à l’entrée de chaque tube. « On ouvre d’abord le robinet d’hydrogène ou de gaz d’éclairage et lorsqu’il a brûlé assez longtemps pour échauffer très uniformément le cylindre de chaux, et pour l’empêcher de craquer, on ouvre ensuite le robinet d’oxygène. » “L’art des Projections” par l’abbé MOIGNO 1872.

Chalumeau 03  Chalumeau à becs concentriques

Il est composé de deux tubes qui amènent les gaz séparément jusqu’à la buse de combustion, le mélange se faisant à l’air libre comme on le voit sur la page du catalogue ci-dessus (N°858) et sur la photo centrale ci-dessous.

Chalumeau 07  Chalumeau 08  Chalumeau 09

C’est le cas de ce chalumeau vertical (sans référence) et de celui fabriqué par DUBOSCQ dans les années 1880.

Voir : Chalumeau oxhydrique DUBOSCQ PELLIN

Chalumeau 04  Chalumeau oxy-calcique

Ce type de chalumeau correspond aussi au chalumeau oxy-calcique (N°906 et 960) dont l’un des deux combustibles est de l’alcool contenu dans le réservoir situé à l’arrière de l’appareil. Dans ce cas le gaz oxygène arrive à la buse et se mélange à la flamme de l’alcool qui imbibe la petite mèche située juste à côté. « L’oxygène au centre de la flamme augmente la chaleur de celle-ci de façon à amener l’incandescence de la chaux… l’intensité est bien moindre, mais elle est cependant bien supérieure encore à celle des lampes à pétrole. » TRUTAT idem.

Chalumeau 05  Chalumeau à gaz mélangé

Il est construit de telle sorte que les gaz se mélangent dans une petite chambre située juste en dessous de la buse de combustion « Il donne plus de lumière qu’aucun autre, et cela, avec une faible consommation de gaz. Aussi est-il employé pour produire les effets au théâtre, où l’on a besoin de beaucoup de lumière ». “Instructions Pratiques sur l’emploi des appareils de projection” par Alfred MOLTENI. 4e édition 1892.

Chalumeau 06 Ce type de chalumeau correspond au modèle fabriqué par la Maison MOLTENI

 

Publié dans Sources lumineuses | Pas de Commentaire »

L’éclairage électrique pour lanternes familiales

Posté par Patrice Guerin le 7 décembre 2015

Electricite 01

Le  catalogue RADIGUET & MASSIOT consacré aux “Eclairages usités en projection”, édité au début du XXe siècle, présente plusieurs systèmes d’éclairage pour une « utilisation dans les appartements possédant des canalisations inférieures à 5 ampères ».

Voir : RADIGUET & MASSIOT successeur de MOLTENI

Il existe trois systèmes d’éclairage pouvant être proposés à toute personne possédant le courant électrique.

Electricite 02Ampoule à filament carbone pour la projection

1° – L’éclairage par lampe à incandescence, aussi appelé incandescence dans le vide (ampoule électrique) modèle ordinaire de 16 bougies ou lampes dites “Focus” de 50 à 100 bougies. Cet éclairage permet d’obtenir une image de 1,50 mètre au maximum, « c’est une sorte de lanterne magique pour amuser les enfants ».

Voir : Invention de l’ampoule électrique

Electricite 03Lampe borne NERNST pour le projection

2° – L’éclairage par lampe à incandescence à l’air libre de marque “Nernst”, dont le principe consiste à chauffer jusqu’à l’incandescence une matière très résistante dans laquelle passe le courant électrique. Cet éclairage dégage l’utilisateur de tout soucis de réglage et donne une image bien éclairée de 2 mètres environ.

Voir : Ampoules à incandescence NERNST

Electricite 04Petit arc électrique pour la projection

3° – L’éclairage par arc électrique à faible débit pouvant être directement branché sur un circuit domestique ordinaire. Cet éclairage offre « aux personnes ne craignant pas un réglage un peut délicat » une image “éclatante” proportionnellement comparable à celles obtenues dans les salles de conférences. Il existe aussi des arcs à haut débit, jusqu’à 50 ampères, utilisés par les professionnels et nécessitant une installation électrique particulière.

Voir : Régulateur à arc électrique FOUCAULT DUBOSCQ

« Nous n’avons pas crû devoir créer un type spécial pour arc à faible débit exclusivement. Indépendamment de la fragilité, il n’y aurait eu qu’un avantage très minime en prix par rapport à nos modèles qui peuvent supporter une intensité de 10 ampères. Il faut donc que l’utilisateur dispose d’une canalisation convenable pour ce débit. Jusqu’à ce jour le courant alternatif ne permettait pas le fonctionnement d’un arc de faible intensité. Dans ce cas, l’arc a une tendance incessante à “tourner” autour des charbons, même en substituant au rhéostat ordinaire une bobine de self-induction. »

Electricite 05

Pour contourner ce problème, RADIGUET & MASSIOT met au point un dispositif nouveau permettant de “fixer” l’arc électrique du côté de la projection. « Pour bien maintenir celui-ci dans une direction fixe, vers le système optique, il suffit de placer contre les deux extrémités actives des charbons une gaine demi-circulaire en chaux très réfractaire. Celle-ci constitue une véritable paroi s’opposant au mouvement de l’arc. Elle devient incandescente et forme même un très utile réflecteur. » Cette gaine en chaux est insérée dans un support métallique terminé par une tige permettant de la fixer au support de projection.

 

Publié dans Sources lumineuses | Pas de Commentaire »

Les progrès de la lampe à huile à la fin du XVIIIe siècle

Posté par Patrice Guerin le 23 juillet 2015

Huile 11  Depuis l’antiquité, l’huile végétale a été utilisée comme combustible dans les lampes d’éclairage.

Quelque soit le modèle, les lampes à huile ont toujours connu trois difficultés :
- L’huile était trop visqueuse et montait difficilement dans la mèche par capillarité ;
- la mèche avait tendance à charbonner et à s’éteindre à cause d’une mauvaise combustion :
- l’utilisation dégageait de la fumée et des mauvaises odeurs.

A la fin du XVIIIe siècle, on en est encore à « …des lampions pétillants et crâchants, qui possédaient une ou plusieurs mèches grossièrement tordues buvant une huile extrêmement visqueuse à même le vase, ce qui répandait dans toute la pièce une odeur détestable ! » Il faut attendre les nouvelles théories de la combustion, élaborées par LAVOISIER (1743-1794) dans les années 1770, pour qu’un certain intérêt envers cet éclairage, lié à un besoin accru de lumière se fasse ressentir.

Huile 02  A partir de 1780 plusieurs inventions vont permettre d’améliorer l’écoulement de l’huile et le fonctionnement du brûleur et de la mèche.

Vers 1780, le chimiste français Joseph Louis PROUST (1754-1826) invente une lampe à huile équipée d’un réservoir latéral placé un peu plus haut que le brûleur. L’huile descend naturellement jusqu’au bec par simple effet de pesanteur.

Huile 03  Huile 04  Brevet Argand – Source : archives INPI

En 1782, le physicien et chimiste suisse Aimé ARGAND (1750-1803) invente la lampe à huile à double courant d’air équipée d’une mèche cylindrique et d’une cheminée en tôle. Celle-ci est, paraît-il, « dix à douze fois plus puissante qu’une simple chandelle ». Quelques années plus tard, il fonde une manufacture de lampes à Versoix près de Genève.

Huile 05  Lampe Quinquet murale avec réflecteur plaqué argent

En 1784, le pharmacien Antoine QUINQUET (1745-1803), s’inspirant des inventions précédentes, commercialise une nouvelle lampe connue sous le nom de lampe Quinquet. Elle est équipée d’un réservoir latéral et d’un bec surmonté d’une cheminée en verre. Cette lampe peut être murale ou montée sur une longue tige verticale fixée sur un socle cylindrique.

Voir : Lanterne magique vernie noir

QUINQUET entreprend la fabrication de cette lampe en s’associant avec un ferblantier-épicier, spécialisé dans la vente d’huiles épurées. Parfaitement mise au point, celle-ci restera d’usage courant jusqu’à l’avènement du pétrole dans les années 1860. En 1872, l’abbé MOIGNO précise, dans son livre intitulé “L’art des projections” : « Si l’on veut que la lanterne donne le maximum de lumière, il faut l’armer d’une mèche neuve et sèche, et la remplir d’huile de baleine camphrée chaude ». En 1788, l’épuration de l’huile de colza, par LEROY-DE-LILLE, permet d’obtenir une lumière plus blanche et dépourvue de fumée.

Huile 12 Huile 15   Huile 14 Brevet d’invention N°140 du 4 brumaire an IX

Le 4 brumaire an IX (26.10.1800) l’horloger Guillaume CARCEL et le négociant Louis CARREAU déposent un brevet d’invention de 5 années « pour lampe nouvelle quils appellent« Lycnomena«  ». Pour cette invention, CARCEL obtient en 1854 un prix de l’Académie des Sciences. Cette lampe servit à FRESNEL pour ses travaux sur les phares et fut utilisée par DUMAS et REGNAULT en 1860 pour les essais photométriques du gaz de la ville de Paris. Le règlement qu’ils établirent resta en vigueur jusqu’en 1920. « La lampe Carcel rendu de grands services en photométriejusquaupremières années du XXe siècleElle fut presque le seul étalon photométrique employé en France et cest elle qui permit de définir la bougie décimale ». (1 bougie décimale = 0,104 unité Carcel).

La lampe Carcel possède un mécanisme composé d’une pompe actionnée par un moteur à ressort que l’on remonte avec une clé située au bas de la lampe. Elle est plus compliquée et plus coûteuse que la lampe Quinquet, mais beaucoup plus esthétique. On verra de nombreux modèles en métal, en bronze, en porcelaine, en verre, etc.

Huile 06Huile 07Huile 08 Lampe à modérateur FRANCHOT

Par la suite beaucoup de lampistes déposent des brevets pour améliorer ce système de lampes à pression : GAGNEAU en 1819, RIMBERT 1826, CARREAU 1834, FRANCHOT 1837. Certaines de ces lampes ont été réutilisées pendant la guerre de 1914-1918, car le pétrole se faisait rare.

Elles sont généralement équipée d’un mouvement d’horlogerie qui met l’huile sous pression afin qu’elle monte jusqu’au brûleur. Celui-ci est équipé d’un côté d’une clé pour remonter le mécanisme et de l’autre côté d’une molette pour régler la flamme.

Huile 09  Petite lampe à huile de lanterne magique

Quelque soit le type de lampe utilisée, son intensité pouvait varier du simple au double en fonction de la qualité de l’huile, de la préparation de la mèche et de son réglage en cours de combustion. L’huile devait être de bonne qualité, surtout dans les  les lampes Carcel ou les lampes à modérateurs. On pouvait améliorer le rendement lumineux en ajoutant à l’huile 100 grammes de camphre par litre, ce qui, pour une lampe de 8 à 10 lignes (ancienne mesure de longueur), permettait d’atteindre 13 à 16 bougies. Malgré ces artifices, la luminosité était faible et la chaleur dégagée faisait souvent claquer les plaques de verres sur lesquelles étaient peintes les images.

Huile 10  Fantascope équipé d’une lampe à huile de type Quinquet avec réflecteur parabolique

Les lampes QUINQUET et CARCEL ont été utilisées comme sources lumineuses dans la projection, comme on peut le voir en cliquant sur les liens ci-dessous. Monsieur MOLTENI (voir PORTRAITS) précise, dans son livre “Instructions pratiques pour l’emploi des appareils de projections” : « les lanternes magiques communes sont munies de lampes simples, comprenant un godet en fer-blanc rempli d’huile dans lequel trempent une, deux ou trois mèches, brûlant à l’air libre, sans verre. Elles donnent, en général, plus de fumée que de lumière… Il existe aussi des lampes à double courant d’air, brûlant à blanc. Ces lampes peuvent être à réservoir inférieur ou à réservoir supérieur. »  Et MOLTENI de conclure « pour les personnes qui ne craignent pas d’introduire l’éclairage au pétrole dans leur intérieur, c’est parmi les éclairages ordinaires, celui qui donne le meilleur résultat ».

Voir : Appareils de famille MOLTENI, premiers modèles - Mégascope LEFEVRE ou Lampadorama - Lanterne magique Lampascope - Description et fonctionnement du Fantascope

 

Publié dans Sources lumineuses | Pas de Commentaire »

SIGNAL LAMP pour conférencier

Posté par Patrice Guerin le 23 octobre 2014

Sonnette 01a  Théâtre antique d’Orange d’après une reconstitution de l’architecte Auguste Caristie (1783-1862)

« Le son doit provenir de l’image ! » Cette affirmation, qui est une évidence aujourd’hui, n’a pas toujours été facile à appliquer dans le “spectacle”. Tant que celui-ci s’exerça sous une forme théâtrale, il était normal que le son provienne de l’image puisqu’il sortait de la bouche même des acteurs. Et l’ingéniosité, à l’époque, consistait à construire des lieux de spectacle capables de renvoyer, voir même d’amplifier les sons provenant de la scène vers les spectateurs.

Sonnette 02  Les frères PATHE, l’un portant un phonographe, l’autre une lanterne de projection, accompagnés de leur fameux coq

Les choses se compliquèrent au XIXe siècle, lorsque la technologie naissante permit de dissocier le son de l’image. Le cinéma en est un bon exemple. Les premières projections étaient muettes, parfois accompagnées d’un musicien caché sur le devant de la scène ; pas au fond de la salle, mais sur le devant de la scène pour que « le son provienne de l’image. » Puis le cinéma parlant fit son apparition, suivi du cinéma sonore, et l’on cachât alors des haut-parleurs à côté ou derrière l’écran.

Sonnette 03  Luciphone – Collection F.B. cliquer ici

Mais avant le cinéma que se passait-il ? Certains diront qu’avant le cinéma il n’y avait rien… Rien d’autre que le “pré-cinéma”, composé de lanternes magiques de tous genres pour amuser les enfants.  Il y eut quand même le Luciphone, premier appareil associant l’image et le son dans un luxueux coffret propre à amuser les enfants de riches bourgeois… Ou peut-être les parents de ces enfants gâtés !

Sonnette 04

C’est oublier les nombreuses Conférences Populaires qui se développèrent à partir de la Seconde République pour « instruire le peuple ». Des conférenciers, illustrant souvent leurs propos avec des projections lumineuses,  traitaient des bienfaits de la science naissance ou des dernières connaissances dans les domaines les plus variés tels que l’astronomie, l’agriculture ou l’hygiène.

Voir : La Ligue de l’Enseignement et l’Education Populaire

Comment faisait-on alors pour que « le son provienne de l’image » ? On sait que pour avoir une image la plus grande possible, il convient de placer le projecteur le plus loin possible de l’écran tout en gardant une luminosité suffisante pour que l’image soit agréable à regarder. A l’époque le public se précipitait dans ces conférences, faute de cinéma ou de télévision, et les salles devaient être suffisamment grandes pour accueillir tout ce public. Un problème quasi insoluble se posait alors. Comment le conférencier pouvait-il à la fois manipuler le projecteur placé à l’arrière de la salle et faire en sorte que « le son provienne de l’image » figurant sur l’écran situé à l’avant de la salle ?

Sonnette 05  Conférence faite lors de l’exposition des insectes à l’orangerie des Tuileries en 1874

La seule solution, puisqu’il n’existait ni micro, ni télécommande, ni “synchroniseur”, était de dissocier les fonctions. Il y aurait un conférencier et un projectionniste. D’ailleurs la manipulation de la lanterne, souvent double, ainsi que des vues qu’il faut changer régulièrement et placer dans le bon sens, et enfin du réglage permanent de la source d’éclairage qui “s‘usait” au fur et à mesure de la conférence, était un travail à plein temps pour un projectionniste chevronné. De 1860 à 1900, Alfred MOLTENI, principal fabricant d’appareils de projection au XIXe siècle, fut le projectionniste habile et bénévole de plus de 2000 conférences animées par les plus grands vulgarisateurs de l’époque tels que Camille FLAMMARION, Gaston TISSANDIER, Stanislas MEUNIER, etc.

Voir : Enseignement par les projections lumineuses MOLTENI et MEUNIER

Sonnette 06  Projection dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne en 1880

Comment faire en sorte que monsieur MOLTENI (voir PORTRAITS), placé près de la lanterne de projection (à droite de l’illustration), puisse projeter au bon moment les vues correspondant au discours de monsieur FLAMMARION (voir PORTRAITS) situé à gauche devant l’écran, et cela dans une salle la plus obscure possible ?

La solution était toute simple et provenait d’Angleterre, pays qui fut le premier à développer les conférences lumineuses et les “outils“ qui vont avec. Il s’agit de la lampe de projectionniste, aussi appelée lampe SIGNAL qui permettait au conférencier à la fois d’éclairer son texte et d’indiquer au projectionniste le moment où il fallait changer de vues.

Sonnette 07

« Un accessoire qui paraît avoir une très minime importance, c’est le signal qui permet au conférencier d’avertir le manipulateur d’avoir à changer le tableau transparent. Quelques-uns emploient simplement une sonnette, un grelot ; d’autres frappent quelques coups sur la table. Mais tous ces moyens on un défaut capital, c’est d’être aussi bien entendus par le public tout entier que par le manipulateur de la lanterne. Il faut absolument que le signal employé soit tel que seul ce dernier le perçoive. Les appareils à air ou électriques sont plus convenables.

 Les premiers se composent d’une poire à air en caoutchouc que le conférencier peut aisément comprimer avec la main et qui est reliée avec l’appareil au moyen d’un long tube de caoutchouc. A l’extrémité du tube, une chambre à air agit sur un levier qui par son agitation prévient le manipulateur. »

Sonnette 08Primus Electric Signal

« L’appareil électrique consiste en une sonnerie accrochée au pied de la lanterne et dont le bouton est sous la main du conférencier. Messieurs BUTCHER & SON ont réuni dans une petite boîte très facilement transportable une sonnerie avec sa pile. » Cependant ce système semble ne pas supprimer le bruit « entendu par le public tout entier ». Source : La lanterne à projections par Eugène Trutat – Editions Charles Mendel Paris 1897.

Dans son livre sur “La projection au XXe siècle” publié vers 1900, Elie MAZO (voir PORTRAITS) précise « Dans une salle organisée spécialement pour les conférences, il faut établir une communication électrique entre l’opérateur et le causeur. Cette communication peut être une sonnerie quelconque, un taquet ou un petit disque mobile dans une ouverture. Le causeur presse un bouton à la main ou un contact au pied, et l’opérateur aussitôt averti change la vue. Mais dans la plupart des cas, cette organisation n’existe pas. On peut se servir d’un signal manœuvré avec une poire, mais pour éviter le tuyau, on emploie plutôt la lampe SIGNAL. »

Sonnette 09  Publicité Mazo de 1908

Il existe différents modèles de lampes pour conférenciers, équipées d’un “SIGNAL”. Cette publicité parue dans le catalogue MAZO de 1908, en présente trois différentes (dont les dessins ne sont pas en proportion).

Sonnette 10  Sonnette 11  Sonnette 12  Sonnette 13  Sonnette 14

Un appareil identique porte une plaque d’identification “Spiers and Pond’s Stores Photographic Department, London, England, Great Britain, 1890”

Cette lampe SIGNAL est la plus sophistiquée des trois. Elle éclaire grâce à une petite lampe à pétrole équipée d’une mèche plate. Mais elle permet aussi d’avertir le projectionniste soit par l’intermédiaire d’un voyant rouge que l’on dévoile à l’aide d’un petit volet articulé, soit à l’aide d’une sonnette semblable aux sonnettes de table ou de vélo? Cette-ci est actionnée d’un doigt pour prévenir le projectionniste et ponctuer la présentation de petits “dings” régulières qui peuvent aussi servir à réveiller certaines personnes de l’assistance ayant tendance à somnoler. Cette lampe possède même un emplacement, à côté de la sonnette, destiné à ranger quelques allumettes.

Voir : Lampe “ECLIPSE” pour conférencier

Sonnette 15  Synchronisateur Philips N6400

Un siècle plus tard, dans les années 1960 / 70, ces petits “Dings” furent remplacés par des “Tops” inaudibles, enregistrés sur la piste inverse d’une bande magnétique, ce qui permettait de changer de vue automatique au fur et à mesure de la progression du son. A noter le bouton rouge permettant d’enregistrer les “Tops”, qui est de la même couleur que le voyant lumineux de la lampe SIGNAL !

 

Publié dans Projections et Enseignement, Sources lumineuses | Pas de Commentaire »

Les saturateurs d’éclairage intensif LAWSON et MAZO

Posté par Patrice Guerin le 18 juillet 2014

Lawson 01

Dans les années 1890, un nouveau type d’appareils d’éclairage oxhydrique apparaît. Dénommé “saturateur” ou “carburateur”, il s’agit d’appareils compacts auxquels il suffit de brancher une bouteille d’oxygène pour qu’ils fonctionnent, le réservoir d’essence ou d’éther étant intégré à l’appareil. Ces saturateurs sont placés directement à l’intérieur de la lanterne. « Pendant longtemps ce mode d’éclairage n’était guère employé, à cause du danger d’explosions. Aujourd’hui les dispositions adoptées dans les nouveaux appareils écartent d’une manière complète ce danger. » Source “La lanterne à projections” par Eugène TRUTAT 1897.

Lawson 03  Lawson 02  Source G.V.

Le 15 novembre 1892, William LAWSON « sujet de la Reine de Grande-Bretagne, résidant à Newton-le-Willows, Lancashire en Angleterre », dépose dans son pays un brevet (N° 20.628) qui sera suivi le 10 avril 1894 par le brevet (N°517.870) aux Etats-Unis.

Lawson 04

« Dans cette invention, je construis un réservoir ayant soit la forme de celui-ci (a), soit toute autre forme souhaitée. Je place transversalement à l’intérieur, et de préférence à proximité du fond dudit réservoir, un tube métallique (b) équipé d’une soupape. Je connecte le tube vertical (c) à la partie supérieure et le tube (d) à la partie inférieure du réservoir. J’ajoute un diaphragme (e) à l’extrémité inférieure du tube (d), ledit diaphragme étant fixé à une courte distance de la partie inférieure du réservoir (a). Je place dans l’espace (a’) un matériau saturant, qui est composé de substance absorbante en laine ou toute autre matière, chargé de pétrole léger, d’éther, ou d’autres fluide que l’on rempli en enlevant le bouchon situé au sommet du réservoir (a2/a3) et en ouvrant la vanne de connexion située en (f).

Je place sur le côté du réservoir où il y a la soupape précité (b), une vanne ou une connexion vissée (f) par laquelle le gaz est acheminé à partir de la bouteille d’oxygène vers le passage (g’) puis le tube (d). Sortant du diaphragme (e), le gaz traverse de manière égale toutes les parties de la matière saturante pour se mélanger au fluide en quantité identique de vapeur quelque soit l’endroit. Ce mélange gazeux monte ensuite vers le haut pour entrer dans le tube (c) puis redescendre dans le passage (l) d’où il est transporté à travers le passage (v) vers le jet (t). Certains appareils possèdent une valve (v) que l’on peu fermer pour augmenter la pression du mélange en (a’). Le gaz d’oxygène ainsi saturé produit des vapeurs très inflammables, identiques à celles obtenues de manière habituelle. »

Lawson 05  Lawson 06  Lawson 07  Lawson 08

L’appareil construit par MAZO, sur le modèle du brevet LAWSON, est très robuste et sa fabrication est faîte avec un soin extrême. Dans la partie inférieure du réservoir en cuivre massif, soudée en dessous, se trouvent des fragments de coke de cornue qui absorbent le combustible et permettent la vaporisation lorsqu’ils sont traversés par l’oxygène. Une poignée unique, située à l’arrière, permet d’ouvrir ou de fermer l’arrivée de l’oxygène sous pression en un quart de tour. Une longue tige sortant à l’arrière, permet de faire pivoter le bâton de chaux sur lui-même pour que son usure soit égale sur toute la périphérie.

Lawson 09  Publicité catalogue Mazo de 1896

« 100 à 120 grammes d’éther suffisent pour obtenir une lumière éclatante durant 2h30 ». L’oxygène provenant de la bouteille sous pression, traverse le réservoir et se sature de vapeur d’éther. Ce mélange de gaz permet d’obtenir une flamme très vive qui est projetée sur le bâton de chaux. Au contact d’une telle température, celui-ci devient incandescent et offre un point lumineux extrêmement petit et d’une très grande intensité.

Lawson 10  Double page extraite du livre “La lanterne à projections” par Eugène TRUTAT, Editions Charles Mendel Paris 1897

A la même époque, MOLTENI fabrique un saturateur semblable, dénommé “Securitas” (modèle GRIDIRON), qui a l’avantage d’être plus compact et dans lequel le cylindre de chaux est placé au dessus et non à l’avant du réservoir, ce qui évite tout échauffement excessif de celui-ci.

Voir : article à venir

Publié dans Brevets et inventeurs, Sources lumineuses | Pas de Commentaire »

Les lampes au magnésium SOLOMON et GILLET & FOREST

Posté par Patrice Guerin le 29 mai 2014

En 1808, sir Humphrey DAVY (1778-1829) obtient, par électrolyse, un petit amalgame de magnésium à partir d’un mélange de magnésie et d’oxyde de mercure, mais il faut attendre 1829 pour que cette matière soit obtenue en plus grandes quantités par le chimiste français Antoine BUSSY (1794-1882).

Ptit-Bof 140521  Document G.V.

C’est un métal blanc très léger, assez semblable à l’argent, dont la densité se rapproche de celle du verre.  Il s’enflamme difficilement sous forme de bloc, mais très facilement s’il est réduit en petits copeaux ou en ruban, et brûle avec une flamme très lumineuse. « Un fil de magnésium de 0,3mm de diamètre et de 9cm de long, donne pendant 1 minute une lumière de 74 bougies. Le poids brûlé est de 12 centigrammes, ce qui donne une consommation de 72 g par heure… au prix de 1,20 frs le gramme. »

Ptit-Bof 140521  Document G.V.

A l’époque c’est l’une des sources d’éclairage les plus puissantes avec la lumière  oxhydrique. Cette lumière très vive et légèrement bleutée peut être obtenue de façon continue à l’aide d’un appareil breveté par Joseph SOLOMON, opticien installé 22 Red Lion Square à Londres, le 30 septembre 1864 (en France), pour un « un appareil mécanique ou lampe propre à brûler le fil de magnésium ».

Ptit-Bof 140521  Document G.V.

La lampe au magnésium est principalement composée d’un réflecteur parabolique argenté R au centre duquel se trouve un double tube T dans lequel arrive progressivement le fil de magnésium M. Ce tube peut facilement être remplacé lorsque son extrémité est détériorée par la haute température qui résulte de la combustion du magnésium ; c’est pourquoi certains modèles auraient été équipés de tubes ayant une extrémité en platine. A l’arrière un mouvement d’horlogerie H, remonté à l’aide d’une clé C, permet de faire avancer progressivement le fil grâce à deux galets moletés G pressés l’un sur l’autre par un ressort. La vitesse de défilement est régulée à l’aide des ailettes d’un régulateur A situé à la partie supérieur du mécanisme. Le fil est logé dans un dévidoir D situé à l’arrière de l’ensemble. Le tout repose sur un trépied composé de deux pieds en métal P et d’une poignée en bois B permettant de déplacer facilement l’appareil. Au dessus de cette poignée, un petit levier L permet d’embrayer ou de débrayer le mécanisme.

Solomon 04  Solomon 05  Solomon 06   Collection G.V.

Il est recommandé de tresser ensemble 2 fils de magnésium et 1 fil de zinc, ce dernier donnant au ruban une certaine rigidité et par suite l’empêche de se tordre en brûlant : effet souvent produit par le magnésium seul, au grand détriment de la fixité du point lumineux. Dans un bulletin de la Société Française de Photographie (1867-69), on rapporte que « M. Romain TALBOT met sous les yeux de la Société un appareil-lanterne pour amplifications, permettant d’obtenir une épreuve 58x44cm en 20 secondes par la lumière du magnésium, à laide de la lampe à magnésium construite, comme l’appareil lui-même, par M. SOLOMON, de Londres… ».

Solomon 07  Solomon 08  Solomon 09

Il existe différents modèles de lampes au magnésium, fonctionnant toutes sur le même principe. L’une de ces lampes est fermée à l’avant par une vitre bombée, ce qui permet de contenir les fumées de combustion dans la lampe. Elle possède une cheminée d’évacuation sur le dessus et un cendrier coulissant dans la partie inférieure, destiné à recevoir les restes de combustion. Ce modèle est signé GILLET & FOREST constructeur 32 boulevard Henry IV à Paris. Cette société en nom collectif au capital de 300.000 fr n’a existé que trois an de 1895 à 1898. Ensuite, on trouve une société GILLET et FOREST fabricant d’automobiles à Saint-Cloud (Seine) de 1900 à 1907 environ.

Solomon 10  Solomon 11

Malgré certaines qualités et une lumière très vive, l’emploi du magnésium dans le domaine de la projection présentait de sérieux inconvénients car sa combustion dégageait d’abondantes fumées blanches de magnésie qui se déposaient rapidement à l’intérieur de la lanterne et plus particulièrement sur le condensateur et le réflecteur, les recouvrant d’une couche opaline qui voilait peu à peu la lumière.

Solomon 03

Cet éclairage, assez onéreux lors d’un usage prolongé « 10 fois plus cher que l’éclairage à l’huile », est cependant intéressant si on s’en sert dans une lanterne destinée à effectuer des agrandissements photographiques. En effet il donne des rayons « très actifs et très photogéniques », c’est à dire des plus propres à impressionner les plaques. « Les propriétés photogéniques de la lumière obtenue par combustion de ce métal sont extrêmement curieuses. On sait qu’une source lumineuse est d’autant plus propice aux reproductions photographiques, qu’elle renferme plus de rayons chimiques, c’est-à-dire qu’elle agit plus énergiquement sur les sels d’argent employés en photographie. Or la lumière du magnésium est de beaucoup la plus active, au point de vue chimique, des sources de lumière artificielle. Le soleil, lorsqu’il n’est obscurci par aucun nuage ou brouillard, ne contient que trente-quatre fois plus de rayons chimiques qu’un fil de magnésium brûlant et donnant une lumière égale en dimension au diamètre apparent du soleil. »

Solomon 13  Ptit-Bof 130911   Lampe au magnésium “L’Etincelle”  “Brevetée S.G.D.G.” – Collection G.V.

Arrivant à une époque où d’autres sources lumineuses commençaient à être régulièrement employées dans la projection, le magnésium connaîtra un développement très limité dans ce domaine, mais sera par contre utilisé pendant très longtemps en photographie pour alimenter les premiers flashes à éclair.

Solomon 15 Illustration provenant du livre “The magic lantern manual” de W.J. Chadwick London 1879

Sources : “Les Merveilles de la Science” par Louis FIGUIER 1867 - “La lanterne de Projection” par H. Fourtier aux Editions Laverne et Cie Paris 1889 – “Le génie industriel” 1865.

Pour voir un modèle plus récent cliquer ici

 

Publié dans Sources lumineuses | 2 Commentaires »

Fonctionnement d’une ampoule ancienne NERNST

Posté par Patrice Guerin le 18 avril 2014

Nernst 41  Nernst 42

En 1897, le physicien allemand Walter Hermann NERNST (voir PORTRAITS) dépose le brevet d’une ampoule électrique qui concurrence directement celle mise au point par Thomas EDISON (voir PORTRAITS) quelques années auparavant « comparée aux lampes à incandescence ordinaires, la lampe NERNST réalise une économie de courant de 50% ». En France, cette lampe est commercialisée par la Société française d’Electricité.

Voir : Ampoules à incandescence NERNST

Nernst 43   Nernst 49

L’ampoule NERNST se compose des éléments suivants.

1 – Un culot creux en porcelaine avec deux plots, l’un positif, l’autre négatif et des broches latérales de fixation. Il existe aussi un culot à vis.

2 – Un électro-aimant permettant de couper le circuit de préchauffage lorsque le ou les filaments deviennent incandescents.

3 – Une série de résistances en fer contenue dans une ampoule en verre équipée de contacts latéraux, afin de stabiliser l’alimentation.

4 – Un “brûleur” en porcelaine supportant une résistance de préchauffage en platine et un ou plusieurs filaments en céramique constitués par un mélange d’oxydes réfractaires (terres rares principalement).

5 – Une ampoule en verre transparent, dépoli ou opaline, montée sur un support métallique ajouré, destinée à protéger le brûleur pour les usages domestiques.

La particularité de la lampe à incandescence NERNST est qu’elle fonctionne à l’air libre. Elle peut être utilisée sur tous les courants « entre 90 et 260 volts », mais il convient de préciser s’il s’agit de courant continu ou alternatif.

Nernst 45

Son élément principal est le “brûleur” « qui constitue la lampe proprement dite, fonctionne et se remplace comme une lampe à incandescence ordinaire, sans qu’il soit nécessaire de changer les autres parties de la lampe ». Il est composé d’un petit tube creux de 1mm de diamètre et de 10 à 12mm de longueur pour le modèle B et de 2mm de diamètre et de 30 à 40mm de long pour le modèle A. « Les petites lampes (mod. B) s’adaptent sur les douilles des lampes à incandescence ordinaires à baïonnette ou à vis. Les grandes lampes (mod. A) se montent comme des lampes à arc. »

Nernst 46Brûleur d’une lampe NERNST avec un seul filament

Le filament de la lampe NERNST, situé sur la partie avant du brûleur, est composé :
-       soit de 80% d’oxyde de Zirconium, 10% d’oxyde d’Erbium et 10% d’oxyde d’Yttrium ;
-       soit 70% d’oxyde de Thorium, 10% d’oxyde de Zirconium et 20% d’oxyde d’Yttrium ;
-       soit 80% d’oxyde de Thorium, 0,5% d’oxyde de Cerium et 19,5% d’oxyde d’Yttrium.

A froid ce filament n’est pas conducteur, il est donc nécessaire de le chauffer entre 300°C et 600°C durant 30 à 60 secondes, à l’aide de la résistance en serpentin placé dessous, pour le rendre conducteur puis rapidement incandescent. « Le filament NERNST est assez fragile. Toute tension mécanique doit être évitée, tant au niveau du support en mica que des liaisons électriques. Les chocs thermiques sont aussi nuisibles. Sa durée de vie est généralement de quelques centaines d’heures, puis il finit par se courber et se rompre. »

Nernst 47

Lorsque l’on branche l’ampoule sur le réseau électrique, le courant passe d’abord dans une spirale en platine (A), recouverte d’un enduit spécial, afin d’échauffer le filament (F) composé d’un alliage de terre rares. Au bout d’une minute environ, ce filament devient incandescent. L’électro-aimant (E) placé dans le circuit, coupe alors la résistance qui n’est plus utile. Pour stabiliser le fonctionnement, des résistances en fer (R) contenues dans une ampoule étanche remplie d’oxygène, permettent de compenser l’échauffement du filament et donc sa conductibilité.

Nernst 48

Cette lampe à incandescence a été principalement utilisée durant une quinzaine d’années, entre 1900 et 1914. « La lampe NERNST, traversée par un courant d’un demi ampère sous 110 volts a un pouvoir éclairant de 32 bougies seulement, mais placée dans un appareil de projection, elle donne des résultats merveilleux comme puissance et comme fixité lumineuse. Deux autres lampes NERNST, dites intensives, donnent l’une 70 bougies avec un ampère et l’autre 150 bougies avec deux ampères, sous 110 volts également. Elles peuvent être disposées aussi dans les appareils ordinaires de projections… Cependant, si la lanterne est de petites dimensions, il est difficile d’y agencer la lampe NERNST pour l’éclairage domestique ; c’est pourquoi nous conseillons plus spécialement l’emploi du dispositif désigné sous le nom de “lampe borne”. » Source : “Les Projections Lumineuses” par René Leblanc – Editions Edouard Cornély et Cie Paris 1904

Voir : Les lampes bornes NERNST pour la projection

 

Publié dans Sources lumineuses | Pas de Commentaire »

Les lampes bornes NERNST pour la projection

Posté par Patrice Guerin le 17 avril 2014

Nernst 16  Lampe borne de 32 bougies à brûleur rond sous lequel se trouve l’ampoule résistance

Au début du XXe siècle, le développement des réseaux électriques dans les grandes villes offre la possibilité à divers fabricants de lanternes de projection de mettre au point de petits systèmes d’éclairage électrique dérivés de l’invention de Walther Hermann NERNST (voir PORTRAITS) en 1895. Moins puissant que l’arc électrique mais plus pratique que les systèmes à gaz, ce type d’éclairage représente un bon compromis pour les projections familiales et scolaires. De plus la lampe NERNST ne chauffe pas, ce qui représente un gros avantage pour la projection.

Voir : Ampoules à incandescence NERNST

Nernst 22  Nernst 17  Nernst 19

Par rapport à l’ampoule d’éclairage NERNST, la lampe borne possède quelques différences, afin de la rendre plus apte aux projections.

Voir : Fonctionnement d’une ampoule ancienne NERNST

Elle ne possède pas de verre de protection et les filaments sont plus ramassés pour fournir une lumière la plus ponctuelle possible. Sur certains modèles, le système de préchauffage automatique est supprimé pour des solutions manuelles, moins couteuses, telles qu’un préchauffage à l’alcool. De plus ces lampes bornes doivent disposer d’un réglage permettant de positionner le centre du point lumineux dans l’axe optique du condensateur et de l’objectif.

Nernst 12  Nernst 13  Nernst 14  Nernst 15

Vers 1910 on voit apparaître dans certains magazines français des publicités pour la lampe NERNST provenant de la Société Française d’Electricité A.E.G. ou d’autres fabricants français de projecteurs qui reprennent cette invention et développent leur propre système d’éclairage, parmi eux ELGE (Léon GAUMONT), Radiguet & Massiot, Mazo, La Bonne Presse, etc.

Nernst 20    Nernst 18  Nernst 21

Il existe de nombreuses bornes NERNST allant de 1 à 4 ampères avec un pouvoir éclairant de 32 à 400 bougies. En 1905, Radiguet & Massiot commercialise un nouveau projecteur de petit format, aux formes particulières, équipé d’un éclairage NERNST intégré à l’appareil.

Voir : Projecteur de petit format RADIGUET et MASSIOT

Nernst 24  Nernst 25  Nernst 26  Nernst 27  Nernst 23  Lampe Nernst, modèle Maison de la Bonne Presse & publicité de 1908

Les ampoules et lampes bornes NERNST rencontrèrent un certain succès dans la projection et l’éclairage domestique jusqu‘à l’avènement de la première Guerre Mondiale. Ensuite le filament tungstène se montra plus efficace et plus stable.

 

 

Publié dans Sources lumineuses | Pas de Commentaire »

Le régulateur à arc électrique DUBOSCQ

Posté par Patrice Guerin le 23 mars 2014

Duboscq 101  Lanterne DUBOSCQ avec son régulateur 1er modèle alimenté par une série de piles Bunsen

Dans les années 1870, il n’existe que deux procédés pour produire du courant électrique. Soit en utilisant des piles, soit en se servant d’une machine magnéto-électrique, utilisée à l’époque pour toutes les installations industrielles comme les travaux de nuit, l’éclairage des phares, des navires, des chantiers, etc.

Voir : Les premières piles électriques

Duboscq 102  Lanterne DUBOSCQ avec son nouveau régulateur

Il était donc indispensable d’adapter le régulateur électrique, inventé en France par messieurs FOUCAULT et DUBOSCQ en 1849, à ces deux sources électriques. En effet, lorsque les charbons produisant l’arc électrique sont alimenté par des piles, ceux-ci s’usent dans le rapport de 1 à 2. Par contre, si le courant provient d’une machine magnéto-électrique, l’usure est égale de part et d’autre, puisque le courant est alternatif. Dans le premier cas il faut donc combiner la marche des charbons dans un rapport du simple au double, et dans le second, la rendre égale. Une modification du mécanisme de ce nouveau régulateur permet d’opérer immédiatement le changement des vitesses relatives des charbons.

Voir : Régulateur à arc électrique FOUCAULT DUBOSCQ

Duboscq 103   Duboscq 104  Duboscq 105

Dans ce régulateur, les tiges porte-charbons se terminent inférieurement par des crémaillères sur lesquelles agit un mouvement d’horlogerie situé à l’intérieur de l’appareil. Elles sont mises en action par une double roue fixée sur un même axe possédant un nombre de dents dans un rapport de 2 à 1 pour compenser l’usure inégale des charbons lorsqu’ils sont alimentés par des piles. Ce mécanisme permet aussi d’agir sur les deux charbons simultanément afin de monter ou descendre le point lumineux en fonction de la hauteur de l’axe de projection de la lumière.

Duboscq 106

Le courant qui alimente les charbons passe par un électro-aimant qui réagit en fonction de l’intensité du courant. Lorsque la tension faiblit du fait de l’usure des charbons, cela permet d’agir sur le mécanisme d’horlogerie afin de rapprocher les charbons pour obtenir un arc électrique constant. « C’est sur ce principe qu’ont été fondés presque tous les régulateurs de ce genre. » L’association de ces deux mécanismes permet un fonctionnement automatique, sans intervention humaine, durant une longue période.

Voir : L’éclairage à arc électrique pour les décors de théâtres et d’opéras

Duboscq 107    Duboscq 108  Cet appareil est identifié “J. Duboscq à Paris – Appareil breveté S.G.D.G. – N°190”

D’après monsieur DUBOSCQ « Ainsi perfectionné, ce nouveau régulateur est rigoureusement apte à toutes les applications de l’éclairage électrique. Il remplit les conditions exigées pour l’application de la lumière électrique aux expériences scientifiques et à l’éclairage des phares, des vaisseaux, des ateliers, des théâtres, etc. »

Duboscq 109  Il existe diverses versions de ce régulateur

Source : “L’éclairage électrique” par le comte Th. Du Moncel – Librairie Hachette et Cie Paris 1880.

Theatre 12  Régulateur DUBOSCQ adapté aux besoins du théâtre pour simuler le soleil levant

Il convient de noter que le matériel fabriqué par la maison DUBOSCQ est principalement utilisé pour des expériences scientifiques ou pour l’éclairage industriel et qu’il est peu employé pour les projections lumineuses. « Aujourd’hui (en 1880) ce système de projections est très exploité commercialement, et, en dehors des appareils de M. Jules DUBOSCQ qui s’appliquent à toutes les expériences de l’optique, il y a ceux de M. MOLTENI qui sont exclusivement réservés à ce genre d’applications. » Quelques applications caractéristiques de la lanterne DUBOSCQ dans ce domaine sont la projection de vues microscopiques lors du siège de Paris en 1870 ou la projection de décors au théâtre.

Voir : Le siège de Paris en 1870 - Les EFFETS SPECIAUX au théâtre durant le XIXe siècle

 

Publié dans Sources lumineuses | Pas de Commentaire »

123
 

2ndeavicenne |
kadscen |
entre terre et mer |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Histoire-Géographie-Educati...
| Oppidum anglicus: the city ...
| Joie en Dieu et Descendance...